À l'annonce cette semaine du retour de la messe en latin, les médias ont tout de suite parlé du retour en force des 'traditionalistes' auxquels le pape Benoît XVI tend aujourd'hui la main. Or, à mon avis, il y a dans ce geste beaucoup plus qu'un simple (et dans la bouche de certains commentateurs, simpliste) virage à droite.
La messe en latin s'adresse à tous les catholiques. J'y vois plusieurs avantages. Quand les musulmans prient, partout dans le monde, ou quand les juifs se rendent à la synagogue, ils comprennent beaucoup plus la liturgie qu'un catholique qui débarque dans un pays dont il ne comprend rien de la langue. Par exemple, les messes en suédois auxquelles j'ai assisté à Linköping étaient tout à fait incompréhensibles pour moi, sauf pour les mots 'alléluia', 'amen', 'gloria' etc. Il y a donc dans le latin la promesse d'une 'catholicisation' de la liturgie catholique. Je vous rappelle au passage que le mot catholique, par définition, signifie 'universel'.
Qui n'a jamais visité une église en souhaitant pouvoir lire tout ce qui est écrit sur les pierres, les plaques, les tombes et les mosaïques? À part quelques églises construites récemment, tout est écrit en latin. Le latin crée le lien entre le patrimoine religieux et culturel des catholiques et le quotidien.
Vatican II a un bilan mitigé. Il a ouvert les portes d'une église qui semblait trop sévère aux yeux de certains, mais il a aussi coupé brutalement avec certains éléments d'une tradition linguistique qui sera aujourd'hui dure à récupérer. Car maintenant que l'enseignement du latin n'attire plus, peu de gens seront réellement qualifiés pour participer activement à la messe en latin. Pour ma part, depuis quelques années déjà je proposais que certains passages soient en latin mais que les textes puissent encore être lus en langue vernaculaire. L'homélie devrait également être faite en langue vernaculaire.
Du même coup, cela renvoie le croyant à tout ce qui a été abandonné par les prêtres depuis quelques années. 'Chanter' la messe se fait de moins en moins par exemple. Si pour certains apporter des changements aux messes passe par toute sortes de moyens 'nouveaux', je continue de croire que c'est plutôt en revenant aux vraies sources d'une belle messe, bien dite, sans éléments qui éloignent du sens véritable de la célébration pour plaire aux jeunes, aux vieux, bref, à tout le monde qui ne vient plus à l'église parce que ce qu'ils voient n'est plus sérieux et ne les rejoint plus, que la liturgie pourra de nouveau se renforcer et offrir aux gens ce qui a fait la force de l'Église au fil des siècles : une tradition ancrée dans un message d'espoir et d'amour passant par la Résurrection du Christ.